Ventura - Superheld
Superheld poursuit la trajectoire esseulée, racée et remarquable de Ventura.

1. Dwell
2. Advertiser
3. Most Arts
4. Bubbles
5. Freeze In Hell
6. Patron Saint
7. Optimistic
8. Obviously
9. In Me There Are Three
10. From Evil


D’emblée, on retrouve l’équilibre élégant qui caractérise les constructions de Ventura. Les premières minutes de Dwell effacent instantanément les six années qui séparent Superheld d’Ad Matres (qui lui-même effaçait celles séparant ce dernier d’Ultimat Necat et ainsi de suite jusqu’à leurs débuts en 2003) en se plaçant dans l’exacte continuité d’un indie-rock-noisy-pour-faire-vite enlevé et immédiatement reconnaissable, porté sur l’amertume et la morosité ou du moins qui ose montrer ses hématomes.
De prime abord, Ventura semble s’être ragaillardi par rapport à Ad Matres et ces dix nouveaux morceaux sonnent un poil plus sauvages que ceux d’alors mais ce n’est qu’une question de nuances parce qu’au fond, c’est toujours la même matière tourmentée qui persiste et qui fait toute la singularité des Suisses depuis le début (quel que soit le line-up). Le sens de la mélodie qui fait mouche, l’architecture contrastée (allant du murmure acoustique aux crocs électriques) et la totale évidence qui se nichent au cœur de la moindre composition s’immiscent en profondeur et chaque nouvel album donne l’impression d’avoir toujours été là. Superheld ne fait pas exception à la règle et il s’avère inutile de le comparer à ce que l’on connait déjà de Ventura puisqu’il s’ajoute simplement aux quatre précédents sans montrer le moindre signe de faiblesse ou d’affadissement.
À la limite, je pourrais m’arrêter là puisqu’il me semble que la musique du trio se passe aisément de mots. Il suffit de l’écouter pour succomber et je ne vois pas trop ce qu’il y aurait à rajouter. Enfin, peut-être dire qu’Advertiser en deuxième position me procure un effet bœuf, en particulier lorsque la batterie se déchaine à partir de quatre minutes et quelques ou que l’acoustique d’Optimistic me cueille à chaque fois que le disque résonne quelque part (ce qu’il fait assez souvent en ce moment) et qu’il faut lutter contre l’envie de détailler chaque morceau. Tous, absolument tous, méritent qu’on s’y arrête et jusqu’à l’ultime (et magnifique) From Evil, c’est un enchantement.
Ventura, c’est un truc d’artisan qui maîtrise complètement ses outils. N’allez rien chercher d’original dans leur musique, ce n’est pas à ce niveau que se situe l’essentiel. L’essentiel, c’est sur quoi elle appuie et s’appuie. Le chant presque neurasthénique, à peine charpenté, à quelques doigts du murmure, la guitare élégante, même lorsqu’elle devient barbelée (Patron Saint), le velours de la basse et les estafilades de la batterie s’accordent parfaitement à notre époque grise et en constituent un parfait écho. Mi-résigné mi-volontaire, toujours juste, le flux heurté de Ventura met le doigt pile sur le nœud gordien qui rend les choses plus supportables. L’ossature fébrile, faussement patraque, souvent complexe ne s’épuise pas, ne lasse pas et se situe hors du temps, hors des modes passagères en continuant à explorer le même pré carré qui montre in fine un nombre incalculable de nuances.
Dès lors, à chaque fois, on sait qu’on a déjà entendu ça mais pas comme ça ni de cette manière et c’est tout l’art de Ventura de continuer à garder sa pertinence et grandir dans son mouvement immobile. Avec sa pochette cernée de noir qui ressemble à une vignette empruntée à La Route de McCarthy (sont-ce bien des barbelés au premier plan ?), ses tons délavés mais pas morts et ses dix titres fluides et géniaux (toujours captés par Serge Morattel), Superheld s’inscrit directement sous la peau et s’en va rejoindre ses aînés dans le réseau intime.
Ventura a encore sorti un grand disque, toujours le même, toujours différent.

2013 arrive à terme. L’heure du sempiternel bilan. Une année où j’ai eu envie, entre autres, de rock, de noise, de jazz et de hip-hop mais tout ça en même temps et si possible au sein du même disque.

Ventura, « un groupe qui donne envie de jouer de la basse Gibson la sangle calée au niveau des genoux » (dixit un ami) mais pas que... Un groupe essentiel aussi. Et ce n’est pas Ad Matres, rompant six années de silence, qui démontrera le contraire.


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